Un blog d'humeur et de quotidien...
Ce matin, dans l'ascenseur, alors que je descendais à la superette chercher le besoin vital pour la journée, (deux bouteilles de coca light lemon, un kilo de pêches, un concombre et une boîte de raviolis, sans oublier le café, je n'en bois pas, mais y en avait plus, et en ce moment j'en sers souvent...ah ah ah), donc dans l'ascenseur, je reprends, moi et mes foutues phrases à rallonge !
J'ai croisé un petit garçon...10 ans , peut être, ou un peu moins. Un petit garçon bien sage, tout propre dans son pantalon en jean "baggy", son tee-shirt 4 tailles de trop, ses cheveux noirs tout frisés bien tondus et son sourire éclatant. Il répond poliment à mon "bonjour", et me tient la porte de l'ascenseur tandis que je m'escrime à faire rentrer dans cette maudite "boite" toutes les poubelles , cartons etc... que je descends tous les jours en ce moment. Il rigole doucement, compatis à ma douleur mais reste patient. Les poubelles enfin casées, nous entamons la descente...
A deux dans un ascenseur, quel est le choix, quelle attitude à adopter? Il n'y en a pas 10 000 ! Soit on s'ignore superbement jusqu'à l'arrivée au rez de chaussée et on se quitte sur un petit "bonne journée! " dit du coin de la bouche; soit on se parle ou du moins on se regarde et on se sourit... De loin, ma nature me porte vers la deuxième solution, évidemment, mais ce n'est pas toujours possible. Là en tout cas, c'est lui qui me dévisage, avec une banane contagieuse. Il a l'air heureux, content d'être là. Et moi aussi, du coup. Il transporte, quant à lui deux mallettes noires, une petite et une grande, des mallettes qui me semblent renfermer des instruments de musique (oui, j'ai une capacité de déduction incroyablement développée !) et je lui pose donc naturellement la question : "tu fais de la musique? " (oui je sais, c'est d'une originalité confondante, merci). Il me réponds : "oui".
A ce stade de notre discussion, une pensée m'effleure : peut-être que je l'embête, qu'il n'a pas envie de répondre à mes questions idiotes... ! Quoiqu'il en soit, j'insiste, et en désignant la grande mallette, je demande: "c'est une clarinette?" Lui : "oui"... Bon... je fais quoi, là, maintenant? Question à deux balles! je continues, bien sur ! Et re-question idiote : "tu joues de la clarinette?" (oui, chuis trop forte !) Là, contre toute attente, le voilà qui se met à parler, et parler et parler! un vrai bonheur!
Et , avec une gràce et un sérieux qui n'appartiennent qu'à l'enfance, il m'explique que la grande mallette contient la clarinette de son père et la petite sa trompette... Moi (vraiment trop bête celle là!) : "Une trompette? dans une si petite boîte?" Il sourit de ses si jolies dents, ouvre sa mallette et là, je vois une petite trompette, rutilante comme un bijou, bien rangée dans son écrin de velours, il ouvre et referme la valisette avec précaution, comme un trésor...et moi, avec mes poubelles, dans cet ascenseur de HLM, dans cette banlieue lointaine, je me surprends à penser à la gràce divine, celle que nous portons tous en nous, et je vois cet enfant comme un ange... Bon, OK, je me reprends bien vite, m'extasie sur l'instrument, lui fais des compliments, et nous arrivons à destination,lui souhaite une bonne journée et je pars vers la superette après m'être soulagée de mes ordures et lui s'assoit sur le muret en bas de l'immeuble. Je le regarde du coin de l'oeil, il a l'air tranquille, très sérieux.
Je fais mes courses rapidement, car, ayant laissé Arthur tout seul à la maison devant "La marche de l'empereur" sur l'ordinateur, je ne suis pas vraiment tranquille, et quand je reviens, mes sacs en plastiques à la main, je le retrouve au même endroit mais cette fois avec son père, me semble-t-il en tout cas. Et tout à coup: FLASH !!! Nous sommes dimanche, le 14 août, demain c'est le 15 août, la Sainte Marie ! Bon sang, mais c'est bien sur ! Ils partent à la messe ! Ils vont jouer des gospels, chanter à la gloire de Dieu ! Un instant, j'ai été tentée de les suivre, de leur demander où , etc... d'aller habiller Arthur vite fait et d'aller partager avec eux cette sérénité qui se lisait si clairement sur leurs visages... Mais , je n'ai pas osé...